Mutiler (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

XIV e siècle. Emprunté du latin mutilare , de même sens. Retrancher un membre ou quelque autre partie du corps. Il a été gravement mutilé. Mutiler un animal. Pron. Se volontairement. Par ext. Faire subir des dommages à quelque chose, en détruire, en ôter une partie essentielle. Mutiler un arbre. En parlant des œuvres d'art, des ouvrages de l'esprit. Mutiler un monument. Ce chapiteau a été mutilé à coups de marteau. Mutiler un texte . Fig. Mutiler la pensée de quelqu'un.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Retrancher un membre ou quelque autre partie extérieure du corps. "Mutiler quelqu'un d'un bras, d'un pied. Qui l'a ainsi mutilé?" Le participe passé s'emploie substantivement. "Les mutilés de la guerre."
Il se dit aussi en parlant des OEuvres d'art, des ouvrages de l'esprit. "Mutiler une statue. On a mutilé ce chapiteau. Ce tableau a été mutilé à coups de couteau. Mutiler un texte."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Priver de quelque membre.
SACI: « Après qu'il l'eut fait ainsi par tout le corps, il commanda qu'on l'approchât du feu, et qu'on le fît rôtir dans la poêle pendant qu'il respirait encore »
VOLT.: « Je leur dis quelquefois que tout est le mieux du monde ; mais ceux qui ont été ruinés et mutilés à la guerre n'en croient rien, ni moi non plus »
J. J. ROUSS.: « Il [l'homme] mutile son chien, son cheval, son esclave »
CHATEAUB.: « Achille mutile son ennemi, et l'insulte après l'avoir abattu »
    Par extension. Mutiler un arbre, en retrancher les branches nécessaires.
DELILLE: « Mutilait sans pitié les tiges inégales Dont la tête orgueilleuse ombrageait leurs rivales »
    Fig.
BOSSUET: « Comme nous la touchons [la vérité inhérente en nous] de plus près [que la vérité en Dieu], et que nous pouvons, pour ainsi dire, mettre nos mains dessus, nous pouvons aussi pour notre malheur la et la corrompre, la falsifier et l'obscurcir »

 2   Absolument. Châtrer.
CHATEAUBR.: « Plautien, en mariant sa fille au fils aîné de l'empereur, fit cent Romains libres »

 3   Par extension, détruire partiellement un ouvrage d'art. On a mutilé ce tableau à coups de couteau. Mutiler une statue.
VOLT.: « Cessez de tous ces grands monuments »

 4   Fig. Faire éprouver à une oeuvre littéraire des retranchements ou des déformations comparées à la mutilation des corps.
VOLT.: « Je vous demanderai qu'il ne soit pas permis aux comédiens de mes pièces ; vous savez qu'il y a des gens qui croient en savoir beaucoup plus que moi et qui substituent leurs vers aux miens »
J. J. ROUSS.: « J'eus le désagrément dont M. de Malesherbes ne m'avait pas prévenu, de voir horriblement mon ouvrage, et empêcher le débit de la bonne édition, jusqu'à ce que la mauvaise fût écoulée »

 5   Se , v. réfl. Se couper quelque membre, et aussi se châtrer.

HISTORIQUE
    XIVème siècle
     Bibl. des chartes, 4e série, t. II, p. 58: Et ainsi fu lidit poure homme mahengnié et mutilez
     le Songe du vergier, I, 182: Ung adveugle ou ung mutilé
     ib.: Si est assailly ou tué ou mutilé de ses ennemis
    XVème siècle
     Lett. patent. du 30 mai 1413: Et en voit-on plusieurs mourir et mutiller, en faisant ledit ouvrage, tant pour la puanteur qui est esdites mines, comme pour les autres perils, qui sont d'aller sous la terre minant
E. DESCH.: « Et personnes de tous mestiers Sont tuit fraint par beauté de femmes, Et maint en ont esté infame, Mutilé, mors et affolez »
    XVIème siècle
AMYOT: « Ilz deposerent qu'Alcibiades et autres siens familiers avoient ainsi tronçonné et mutilé quelques autres images »
PARÉ: « Les mutilés [en tératologie] ce sont aveugles, borgnes, bossus, boiteux, ou ayans six doigts à la main ou aux pieds, ou moins de cinq, ou joints ensemble »

ÉTYMOLOGIE
    Lat. mutilare, de mutilus ; grec, verbe signifiant couper, , qu'on rapporte au radical sanscrit mî, détruire, périr.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Retrancher, couper. Il est principalement d'usage Lorsqu'on parle du retranchement d'un membre ou de quelque autre partie extérieure du corps humain, ou de quelque partie d'une statue. "Mutiler quelqu'un d'un bras, d'un pied. Qui l'a ainsi mutilé? Mutiler une statue."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie quelquefois, absolument, Châtrer. "La jalousie des Orientaux les porte à les esclaves auxquels ils confient la garde de leurs femmes." En ce sens, il s'emploie aussi avec le pronom personnel. "Origène se mutila dans un accès de pieuse frénésie."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



par extension, se dit en parlant De tableaux, d'édifices, etc., et signifie, Défigurer, briser. "On a mutilé le chapiteau de cette colonne. Ce tableau a été mutilé à coups de couteau."
Il se dit figurément en parlant Des ouvrages d'esprit. "La censure à cruellement mutilé cet ouvrage. En voulant abréger son poëme, il l'a mutilé."



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


Retrancher, couper. Il n'est d'usage que lorsqu'on parle Du retranchement de quelque membre, ou de quelque partie du corps humain, ou de quelque partie d'une statue. "Mutiler quelqu'un d'un bras, d'un pied. Qui l'a ainsi mutilé? Mutiler une statue". Quand "Mutiler" se dit absolument, il signifie ordinairement, "Châtrer".
On dit figurément, "Mutiler un ouvrage, " pour dire, En retrancher une ou plusieurs parties essentielles à la perfection de l'ouvrage.



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


Retrancher, couper. Il n'a d'usage qu'en parlant Du retranchement de quelque membre du corps humain, ou de quelque partie d'une statue. "Mutiler quelqu'un d'un bras, d'un pied. Qui l'a ainsi mutilé? Mutiler une statue." Quand "Mutiler" se dit absolument, il signifie ordinairement, "Châtrer."



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Verbe 


Retrancher, couper un membre. "Mutiler quelqu'un d'un bras, d'un pied. qui l'a ainsi mutilé? une statuë".




Emplacement dans le dictionnaire :

mutabilité
mutage
mutagène
mutation
mutazilite
mute
muter
mutilation
mutilé

mutin
mutiner
mutiner (se)
mutiner (se)
mutinerie
mutique
mutisme
mutualiste
mutualité
mutuel
mutuelle




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Henri POINCARÉ (La Valeur de la science)

...à l'autre. Quand nous disons que deux faits conscients sont simultanés, nous voulons dire qu'ils se pénètrent profondément l'un l'autre, de telle sorte que l'analyse ne peut les séparer sans les mutiler. L'ordre dans lequel nous rangeons les phénomènes conscients ne comporte aucun arbitraire. Il nous est imposé et nous n'y pouvons rien changer. Je n'ai qu'une observation à ajouter. Pour qu'un...


Citation n°2 de Henri POINCARÉ (La Valeur de la science)

...ordinaires qui conviennent pour le temps psychologique, ne pourraient plus nous suffire. Deux faits psychologiques simultanés sont liés si étroitement que l'analyse ne peut les séparer sans les mutiler. En est-il de même pour deux faits physiques ? Mon présent n'est-il pas plus près de mon passé d'hier que du présent de Sirius ? On a dit aussi que deux faits doivent être regardés comme simultanés...


Citation n°3 de Edmond ABOUT (Le Nez d'un notaire)

...est trop tard pour apporter ici des paroles conciliantes ; le mal est accompli. Ah ! Messieurs, messieurs, la jeunesse sera toujours jeune. Moi aussi, j'ai failli me laisser emporter à détruire ou à mutiler mon semblable. C'était en 1820. Qu'ai-je fait, messieurs ? J'ai fait des excuses. Oui, des excuses, et je m'en honore ; d'autant plus que le bon droit était de mon côté. Vous n'avez donc jamais lu...


Citation n°4 de Edmond ABOUT (Le Nez d'un notaire)

...le greffer au milieu de mon visage ? -je le pourrais... -bravo ! -mais je ne le ferai point, et aucun de mes confrères ne le fera non plus que moi. -et pourquoi donc, s'il vous plaît ? -parce que mutiler un homme sain est un crime, le patient fût-il assez stupide ou assez affamé pour y consentir. -en vérité, docteur, vous confondez toutes mes notions du juste et de l'injuste. Je me suis fait...


Citation n°5 de Henri MURGER (Scènes de la vie de bohème)

...si douces aux caresses de la lèvre, ces mains d'enfant entre lesquelles Rodolphe avait déposé son coeur de nouveau en floraison, ces mains blanches de Mademoiselle Mimi devaient bientôt mutiler le coeur du poëte avec leurs ongles roses. Au bout d'un mois, Rodolphe commença à s'apercevoir qu'il avait épousé une tempête, et que sa maîtresse avait un grand défaut. Elle voisinait, comme on...


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